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Culture indoorGuide 6 sur 6 8 min de lecture

Problèmes, carences et ravageurs

Une feuille jaune ou une tache suspecte a presque toujours une cause simple. Après lecture, vous saurez mener un diagnostic dans le bon ordre, reconnaître les carences et ravageurs les plus fréquents en intérieur, choisir une solution adaptée et prévenir les récidives.

Inspection du revers d'une feuille de tomate à la loupe, piège jaune englué à côté

Diagnostiquer méthodiquement

Avant d'ajouter un engrais ou un traitement, vérifiez les causes dans cet ordre. La majorité des problèmes en intérieur viennent des trois premiers points, pas d'une vraie carence.

  1. Lumière : la lampe est-elle trop proche (feuilles du haut blanchies) ou trop faible (tiges longues) ? Vérifiez le PPFD et la durée d'éclairage avec le calculateur.
  2. Climat : relevez température et humidité min/max sur 24 h. Voir Température, humidité et ventilation.
  3. Arrosage : substrat détrempé ou sec ? Les racines sont-elles blanches ?
  4. Nutrition : mesurez le pH et l'EC de la solution et du drainage. Un pH hors plage bloque l'absorption même si les éléments sont présents. Voir Arrosage, nutriments, pH et EC.
  5. Ravageurs et maladies : inspectez le revers des feuilles à la loupe (grossissement ×10 ou plus).

À retenir : notez où apparaît le symptôme. Sur les vieilles feuilles (en bas), il s'agit souvent d'un élément mobile (azote, potassium, magnésium). Sur les jeunes feuilles (en haut), d'un élément peu mobile (fer, calcium) ou d'un problème de pH.

Symptômes, causes et solutions

SymptômeCauses probablesQue faire
Jaunissement uniforme des vieilles feuillesSouvent manque d'azote ; solution trop diluée ; vieillissement normal si limité à 1–2 feuillesVérifier l'EC, remonter la fertilisation progressivement
Jaunissement entre les nervures des jeunes feuilles, nervures vertesChlorose ferrique, souvent due à un pH trop élevéRamener le pH vers 5,5–6,5 selon le système, engrais avec fer chélaté
Jaunissement entre les nervures des vieilles feuillesManque de magnésiumEngrais complet contenant du magnésium, contrôler le pH
Tache noire et sèche au bout des tomates ou poivrons (nécrose apicale)Manque de calcium dans le fruit, lié surtout à une irrigation irrégulièreArrosage régulier, éviter les à-coups secs/humides, EC pas trop haute, humidité modérée
Bords des jeunes feuilles de laitue bruns : brûlure de la pointe des feuilles (tipburn)Calcium mal acheminé vers les jeunes feuilles, faute de transpiration ; croissance trop rapideBrassage d'air sur la canopée, humidité pas trop élevée, lumière un peu réduite
Feuilles du haut blanchies ou décoloréesTrop de lumière, lampe trop prèsRemonter la lampe ou baisser la puissance
Tiges longues, fines et pâlesManque de lumière (étiolement)Rapprocher la lampe, augmenter le PPFD ou la durée
Feuilles qui retombentExcès d'eau (racines asphyxiées) ou manque d'eau ; racines abîméesToucher le substrat, examiner les racines, ajuster l'arrosage
Pointes de feuilles brûlées, croûte blanche sur le substratSolution trop concentrée (EC trop haute), accumulation de selsBaisser l'EC, rincer le substrat à l'eau claire
Feuilles vert foncé, violacées au reversFroid, parfois manque de phosphoreRemonter la température de nuit, vérifier la solution

Une vraie carence est rare avec un engrais hydroponique complet utilisé à la bonne dose et au bon pH. Corrigez une seule chose à la fois et observez les nouvelles feuilles : les feuilles déjà abîmées ne reverdissent pas.

Quatre feuilles de salade : jaunissement uniforme (manque d'azote), jaunissement entre les nervures (pH trop élevé), feuille décolorée (trop de lumière), bords brûlés (solution trop concentrée)
Quatre symptômes fréquents ; le tableau ci-dessus donne les causes et les solutions.

Problèmes de racines

Des racines saines sont blanches ou crème, fermes et sentent la terre. Des racines brunes, molles, visqueuses, qui sentent mauvais signalent une pourriture.

  • Pourriture en hydroponie : très fréquente en DWC ou en bac stagnant. Elle est favorisée par une solution trop chaude et pauvre en oxygène.
  • Solution trop chaude : au-delà d'environ 22–24 °C, l'eau contient moins d'oxygène et les pathogènes se développent. Visez 18–22 °C. Éloignez le réservoir de la lampe, rendez-le opaque, isolez-le.
  • Manque d'oxygène : pompe à air insuffisante, diffuseur colmaté, substrat détrempé en permanence. Aérez la solution, laissez sécher le substrat entre deux arrosages.

En cas de pourriture : coupez les racines mortes, videz et nettoyez le réservoir, renouvelez la solution et corrigez la température. Des bactéries et champignons bénéfiques (par exemple des produits à base de Trichoderma ou de Bacillus) sont utilisés en prévention en hydroponie organique ou en substrat.

Attention : une pompe ou un réchauffeur d'aquarium plongé dans une solution doit être branché sur un circuit protégé par un disjoncteur différentiel 30 mA. Faites une boucle d'égouttement au câble pour que l'eau ne coule pas jusqu'à la prise.

Les ravageurs courants en intérieur

En intérieur, il n'y a pas de prédateurs naturels : une petite infestation devient vite massive. L'inspection hebdomadaire du revers des feuilles est la meilleure défense. Pour les petits moucherons qui volent autour des pots, voir Comment se débarrasser des moucherons ?

Colonie de pucerons verts au revers d'une feuille de poivron, avec une coccinelle
Les pucerons se regroupent sur les jeunes pousses et au revers des feuilles.
RavageurReconnaissanceLutte mécanique et douceAuxiliaires (lutte biologique)
SciaridesPetits moucherons noirs qui volent autour du substrat ; larves dans le terreau humideLaisser sécher la surface, pièges jaunes, couche de sable en surfaceAcariens Hypoaspis (Stratiolaelaps) ; nématodes Steinernema feltiae ; Bacillus thuringiensis israelensis contre les larves
PuceronsColonies vertes ou noires sur les jeunes pousses, miellat collant (liquide sucré rejeté par les insectes), feuilles recroquevilléesDouche, écrasement, savon noir diluéChrysopes (larves), Aphidius (micro-guêpes parasitoïdes)
ThripsTaches argentées et petits points noirs sur les feuilles, insectes allongés très finsPièges bleus ou jaunes, doucheAcariens Neoseiulus cucumeris (anciennement Amblyseius cucumeris) ou Amblyseius swirskii ; punaises Orius en complément
Aleurodes (mouches blanches)Petites mouches blanches qui s'envolent quand on secoue la plante, surtout sur tomatePièges jaunes, aspiration, savon noir diluéEncarsia formosa (micro-guêpe parasitoïde)
Tétranyques (araignées rouges)Feuilles piquetées de points clairs, fines toiles, minuscules acariens au reversDouche du revers, remonter l'humiditéPhytoseiulus persimilis

Méthodes douces

  • Pièges jaunes englués : pour détecter et limiter les insectes volants. Un piège par tente permet de voir une infestation démarrer.
  • Douche : un jet d'eau tiède sur le revers des feuilles déloge pucerons et tétranyques. Protégez le substrat et laissez sécher le feuillage.
  • Savon noir dilué : à la dilution indiquée sur l'emballage (souvent de l'ordre de 1 à 3 %), en pulvérisation directe sur les insectes, jamais sous la lampe allumée à pleine puissance. Faites un essai sur une feuille avant de traiter toute la plante.

Les auxiliaires

Les auxiliaires sont des insectes ou acariens prédateurs ou parasitoïdes vendus par correspondance. Ils fonctionnent très bien en intérieur, à condition de les introduire tôt, dès les premiers signes, et de ne pas utiliser d'insecticide en parallèle. Respectez les températures et humidités conseillées par le fournisseur.

Attention : lisez toujours l'étiquette d'un produit de traitement, même « naturel ». Vérifiez qu'il est autorisé pour l'usage et la culture concernés, respectez les doses et le délai avant récolte, et la réglementation en vigueur. Sur des légumes que vous mangez, préférez toujours les méthodes mécaniques et les auxiliaires.

Les maladies

L'oïdium

L'oïdium forme un feutrage blanc poudreux sur les feuilles, fréquent sur concombre, courgette, fraise et basilic. Il n'a besoin ni d'eau libre sur les feuilles ni d'une humidité élevée en permanence : il se développe surtout avec un air stagnant et de forts écarts d'humidité (air sec le jour, humide la nuit). Prévention : brassage d'air, plants espacés, variétés résistantes. Retirez les feuilles atteintes dès l'apparition.

Le botrytis (pourriture grise)

Une moisissure grise et duveteuse sur les fruits, les tiges blessées ou les feuilles mortes. Elle profite d'une humidité élevée et d'un air confiné, surtout la nuit. Retirez les parties atteintes dans un sac fermé, supprimez les feuilles sénescentes, faites baisser l'humidité.

La fonte des semis

Les plantules s'effondrent au niveau du collet, qui devient brun et étranglé. Elle est causée par des champignons du sol favorisés par l'excès d'eau. La prévention passe par le climat et l'hygiène : substrat neuf, contenants propres, arrosage par le fond, aération dès la levée. Voir Semis, repiquage et bouturage.

À retenir : contre les maladies, il n'y a pas de meilleur traitement que le climat : air brassé, humidité maîtrisée, feuillage sec la nuit.

Pollinisation manuelle

Sans vent ni insectes, beaucoup de fleurs ne donnent pas de fruits en intérieur. La pollinisation manuelle est simple et rapide.

  • Tomate, poivron, piment, aubergine : leurs fleurs sont autofertiles, le pollen doit juste se détacher. Secouez les tiges florales ou faites vibrer chaque bouquet quelques secondes avec une brosse à dents électrique, en milieu de journée, tous les 2 jours.
  • Fraise : passez un pinceau doux au centre de chaque fleur, en tournant, pour répartir le pollen sur tous les pistils. Une pollinisation incomplète donne des fraises déformées.
  • Courgette et concombres non parthénocarpiques (qui ne forment pas de fruits sans pollinisation) : prélevez le pollen d'une fleur mâle (sans petit fruit à la base) au pinceau et déposez-le sur le pistil d'une fleur femelle (avec un petit fruit), le matin de l'ouverture.

Les concombres parthénocarpiques forment leurs fruits sans pollinisation : inutile d'intervenir. Pour les autres cultures, une humidité de 50 à 65 % (60 à 75 % pour les concombres) et des températures sans excès favorisent la pollinisation et la nouaison des fruits.

Hygiène et prévention

  • Quarantaine : isolez toute nouvelle plante achetée pendant 1 à 2 semaines et inspectez-la avant de l'introduire dans la tente.
  • Nettoyage entre cycles : videz la tente, lavez les parois, bacs et réservoirs à l'eau savonneuse, rincez. Jetez le substrat usagé ou compostez-le à l'extérieur.
  • Outils propres : désinfectez ciseaux et sécateur entre deux plantes suspectes.
  • Feuilles mortes : retirez-les régulièrement, ce sont des foyers de botrytis.
  • Pièges jaunes en permanence : ils servent d'alarme précoce.
  • Pas de va-et-vient avec le jardin : entrer dans la tente après avoir travaillé dehors peut y introduire des ravageurs.
  • Carnet de culture : notez dates, pH, EC, températures et interventions. Il accélère tous les diagnostics suivants.

Pour les besoins de chaque espèce, consultez les fiches légumes, et le glossaire pour le vocabulaire.