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Culture indoorGuide 4 sur 6 11 min de lecture

Température, humidité et ventilation

La lumière ne suffit pas : une plante bien éclairée mais qui a trop chaud, trop froid ou baigne dans l'air humide pousse mal et tombe malade. Après lecture, vous saurez fixer des objectifs de température et d'humidité, comprendre le VPD, dimensionner une extraction et corriger les problèmes de climat les plus courants.

Tente de culture avec extracteur, ventilateur de brassage et jeunes plants de tomates sous LED

Température : les bonnes plages

Chaque plante a une plage de température où elle pousse bien. En dessous, la croissance ralentit. Au-dessus, la plante respire plus qu'elle ne produit, monte en graines ou avorte ses fleurs. On distingue deux grandes familles de légumes en intérieur.

Températures de jour : 15 à 22 °C pour les légumes feuilles, 20 à 29 °C pour les légumes fruits, 2 à 8 °C de moins la nuit
Les légumes feuilles préfèrent la fraîcheur, les légumes fruits la chaleur ; la nuit, quelques degrés de moins.
  • Les légumes feuilles et aromatiques « de saison fraîche » (laitue, épinard, roquette, persil, coriandre) préfèrent environ 15 à 22 °C, jusqu'à 24 °C pour le persil et la coriandre. Au-delà de 24 °C, laitue, épinard, roquette et coriandre risquent la montaison et deviennent amers ; le persil, bisannuel, ralentit surtout sa croissance et perd en qualité.
  • Les légumes fruits « de saison chaude » (tomate, poivron, piment, aubergine, concombre) aiment environ 20 à 29 °C le jour. En dessous de 15 °C, ils végètent ; au-delà de 30–32 °C, la nouaison (passage de la fleur fécondée au jeune fruit) devient difficile.

Une nuit un peu plus fraîche que le jour (2 à 8 °C de moins selon la culture) est normale et bénéfique : elle limite l'étirement des tiges et correspond au cycle naturel. En intérieur, la baisse se fait souvent toute seule quand les LED s'éteignent.

CultureJour (°C)Nuit (°C)À éviter
Laitue16–2214–18> 24 °C (montaison, brûlure de la pointe des feuilles)
Épinard15–2012–16> 24 °C (montaison)
Roquette15–2212–16> 24 °C (montaison, goût piquant)
Mâche15–188–12> 20 °C (montée en graines, croissance bloquée)
Mesclun (jeunes pousses)16–2212–16> 24 °C (montaison, amertume)
Basilic20–2718–20< 12 °C (noircissement des feuilles)
Persil16–2414–18> 24 °C (croissance ralentie, qualité réduite)
Coriandre16–2414–18> 24 °C (monte vite en graines)
Ciboulette16–2414–18> 29 °C (croissance ralentie)
Thym20–2414–18< 10 °C (croissance quasi arrêtée)
Origan20–2414–18< 10 °C (croissance quasi arrêtée)
Romarin18–2412–16< 7 °C (dégâts de froid sur les jeunes plants)
Sauge21–2515–18< 10 °C (croissance très lente)
Aneth20–2616–20< 18 °C (croissance lente, lumière mal valorisée)
Micro-pousses18–2416–20Chaleur + humidité (moisissures)
Radis16–2010–14> 24 °C (montée en graines, racine creuse et piquante)
Fraise (remontante)18–2412–16> 28 °C (floraison ralentie)
Tomate20–2617–19> 30 °C le jour (fleurs qui avortent)
Tomate naine (micro-tomate)20–2617–19> 30 °C le jour (fleurs qui avortent)
Poivron21–2718–20< 15 °C (croissance bloquée)
Piment21–2918–20< 15 °C (croissance bloquée)
Concombre22–2817–20< 15 °C, courants d'air froid
Aubergine22–2818–20< 15 °C (croissance bloquée)
Chanvre CBD22–2818–22> 30 °C (photosynthèse en baisse)
Safran15–208–12> 23 °C pendant la floraison (fleurs qui avortent ou retardées)
Wasabi12–188–12> 24 °C (stress, pourritures)

Ces valeurs sont des ordres de grandeur, reprises des fiches légumes.

À retenir : mesurez la température à hauteur des feuilles, pas au plafond de la pièce. Dans une tente, il peut y avoir 3 à 5 °C d'écart entre le sol et le haut de la canopée.

La chaleur dégagée par les LED

Une LED horticole transforme environ la moitié de son énergie électrique en lumière, le reste en chaleur directe. Mais la lumière absorbée par les plantes et les parois finit elle aussi en chaleur. Au bilan, quasiment toute la puissance électrique consommée se retrouve en chaleur dans la pièce. Une lampe de 200 W chauffe donc comme un petit radiateur de 200 W.

La différence avec les anciennes lampes au sodium tient à la répartition : les LED rayonnent beaucoup moins de chaleur infrarouge vers les feuilles. Vous pouvez les rapprocher davantage des plantes, mais l'air de la tente se réchauffe quand même.

  • Dans un placard fermé ou une petite tente, 100 à 300 W de LED suffisent à monter la température de plusieurs degrés sans extraction.
  • En hiver, cette chaleur est un atout : allumez les LED la nuit, quand la pièce est la plus froide, pour profiter de la chaleur qu'elles dégagent.
  • En été, allumez-les aussi la nuit, mais cette fois pour éviter les heures chaudes de l'après-midi : la chaleur des LED ne s'ajoute plus au pic de température de la journée.

Pour estimer la puissance nécessaire à votre surface, utilisez le calculateur. Pour régler la hauteur de la lampe, voir Installer, régler et mesurer.

Humidité relative et risques

L'humidité relative (HR) indique, en pourcentage, la quantité de vapeur d'eau que contient l'air par rapport au maximum possible à cette température. Un air chaud peut contenir plus d'eau qu'un air froid : à quantité d'eau égale, l'HR baisse quand la température monte et monte quand elle baisse. C'est pour cela que l'humidité grimpe souvent la nuit, à l'extinction des LED.

Trop humide

  • Moisissures et oïdium : feutrage blanc sur les feuilles. L'oïdium n'a besoin ni d'eau libre sur les feuilles ni d'une humidité permanente : il est surtout favorisé par les écarts d'humidité (air sec le jour, humide la nuit) et par un air stagnant.
  • Botrytis (pourriture grise) sur les fraises, les tomates et les feuilles denses.
  • Fonte des semis : les jeunes plantules s'effondrent au collet.
  • Transpiration réduite : la plante absorbe moins d'eau, donc moins de calcium, ce qui favorise la brûlure de la pointe des feuilles (tipburn) chez la laitue.

Trop sec

  • La plante transpire trop vite, ferme ses stomates et ralentit sa croissance.
  • Bords de feuilles secs, semis et boutures qui flétrissent.
  • Les tétranyques (araignées rouges) prolifèrent dans l'air sec et chaud.

Comme repère général : 80 à 90 % sous couvercle pour les semis avant la levée (et les boutures avant l'enracinement), puis 60 à 80 % pour les jeunes plants, 50 à 70 % pour la croissance, 50 à 65 % pour les légumes fruits en floraison et fructification, sauf le concombre, qui apprécie 60 à 75 %.

Le VPD expliqué simplement

Le VPD (déficit de pression de vapeur) mesure « la soif de l'air ». Il combine température et humidité en un seul chiffre, exprimé en kilopascals (kPa). Plus le VPD est élevé, plus l'air « aspire » l'eau des feuilles et plus la plante transpire.

  • VPD trop bas (air saturé) : la plante transpire peu, absorbe mal les nutriments, les maladies fongiques s'installent.
  • VPD trop haut (air sec et chaud) : la plante ferme ses stomates pour se protéger et arrête de pousser.

Le calcul exact demande la température de la feuille. Une version simplifiée, basée sur la température de l'air, suffit pour un amateur :

Pression de vapeur saturante (kPa) ≈ 0,611 × e(17,27 × T / (T + 237,3))
VPD (kPa) ≈ pression saturante × (1 − HR / 100)

Exemple : à 24 °C, la pression saturante vaut environ 3,0 kPa. Avec 65 % d'humidité, VPD ≈ 3,0 × 0,35 ≈ 1,05 kPa. Les feuilles étant souvent 1 à 2 °C plus fraîches que l'air sous LED, le VPD réel au niveau de la feuille est un peu plus faible.

StadeVPD indicatifExemple de réglage
Semis, boutures0,4–0,8 kPa22 °C et 70–85 % HR
Croissance végétative0,8–1,2 kPa24 °C et 60–73 % HR
Floraison, fructification1,0–1,4 kPa25 °C et 56–68 % HR

VPD selon température et humidité

Pour trouver votre VPD sans calcul, repérez la température et l'humidité de l'air dans le tableau ci-dessous (valeurs en kPa, calculées avec la formule ci-dessus).

Température50 % HR60 % HR70 % HR80 % HR
20 °C1,170,940,700,47
22 °C1,321,060,790,53
24 °C1,491,190,900,60
26 °C1,681,351,010,67
28 °C1,891,511,130,76

À retenir : le VPD est un outil de réglage, pas une règle absolue. Si vos plantes poussent bien et ne tombent pas malades, inutile de chercher la valeur parfaite. Commencez par tenir la température dans la bonne plage, puis ajustez l'humidité.

Ventilation : extraction, brassage, entrées d'air

La ventilation évacue la chaleur et l'humidité, renouvelle le CO₂ consommé par les plantes et renforce les tiges. C'est le levier le plus efficace et le moins coûteux pour maîtriser le climat.

Tente de culture vue de côté : entrée d'air frais en bas, extraction de l'air chaud en haut à travers un filtre, ventilateur de brassage
L'air frais entre en bas, l'air chaud et humide est extrait en haut ; un petit ventilateur brasse l'air autour des plantes.

L'extraction

Un extracteur (ventilateur en ligne) placé en haut de la tente aspire l'air chaud et le rejette à l'extérieur de la tente, idéalement hors de la pièce. Un ordre de grandeur couramment utilisé : renouveler le volume de la tente environ une fois par minute.

Débit (m³/h) ≈ longueur × largeur × hauteur (m) × 60

Exemple : une tente de 1,2 × 1,2 × 2 m fait 2,9 m³, soit environ 170 m³/h. Prenez un extracteur de 25 à 50 % plus puissant pour compenser les pertes du filtre et des gaines, et réglez-le avec un variateur ou un contrôleur.

TenteVolumeDébit (volume × 60)Avec marge (+25 à 50 %)Extracteur conseillé
60 × 60 × 160 cm0,6 m³≈ 35 m³/h≈ 45–55 m³/h100 mm, ≈ 100 m³/h (plus petit modèle courant)
80 × 80 × 180 cm1,2 m³≈ 70 m³/h≈ 90–105 m³/h100 mm, 100–150 m³/h
120 × 120 × 200 cm2,9 m³≈ 170 m³/h≈ 215–260 m³/h125 mm, 250–300 m³/h
240 × 120 × 200 cm5,8 m³≈ 350 m³/h≈ 430–520 m³/h150 mm, 450–550 m³/h

Pour les petites tentes, l'extracteur conseillé dépasse le débit calculé, car les petits extracteurs descendent rarement sous 100 m³/h environ : réglez-le au variateur. Avec un filtre à charbon, qui freine l'air, visez le haut de la fourchette, voire une marge plus large.

Le brassage interne

Un petit ventilateur oscillant (clip ou sur pied) fait circuler l'air entre les plantes. Il casse les poches d'air humide autour des feuilles, homogénéise la température et renforce les tiges. Les feuilles doivent bouger légèrement, sans être secouées en permanence. Ne dirigez pas le flux directement sur les semis.

Les entrées d'air

L'air extrait doit être remplacé. Ouvrez les manchons ou fenêtres grillagées en bas de la tente : l'air frais entre en bas, l'air chaud sort en haut. Si les parois de la tente se creusent légèrement vers l'intérieur, la dépression est correcte. Si elles se creusent fortement, ouvrez davantage d'entrées d'air.

Le filtre à charbon

Un filtre à charbon actif monté sur l'extracteur retient les odeurs. Il est surtout utile pour les aromatiques très odorantes, les plants de tomate (odeur forte du feuillage) ou si l'air est rejeté dans un logement. Choisissez-le au même diamètre et au moins au même débit que l'extracteur.

Attention : branchez extracteur, ventilateur et lampe sur une installation protégée par un disjoncteur différentiel 30 mA. Placez les prises et les multiprises en hauteur, hors des zones d'éclaboussure, sans multiprises en cascade.

Chauffer, refroidir, humidifier, déshumidifier

Trop froid

  • Décalez la période d'éclairage sur la nuit pour profiter de la chaleur des LED.
  • Réduisez le débit d'extraction (sans l'arrêter complètement).
  • Isolez la tente du sol froid avec une plaque isolante.
  • En dernier recours, un petit radiateur à bain d'huile avec thermostat, jamais un chauffage d'appoint à flamme (combustion, CO₂, humidité, risque d'incendie).

Trop chaud

  • Augmentez l'extraction et vérifiez que l'air entrant est plus frais que celui de la tente.
  • Allumez les LED la nuit en été.
  • Baissez la puissance des LED de 10 à 20 % pendant les épisodes de canicule.
  • En pièce dédiée, un climatiseur est la seule solution vraiment efficace par forte chaleur.

Trop humide ou trop sec

  • Déshumidificateur : utile en pièce dédiée ou en cave, notamment la nuit. Il dégage lui-même de la chaleur.
  • Humidificateur : un modèle à ultrasons avec hygrostat relève l'humidité en hiver. Utilisez de l'eau déminéralisée pour éviter les dépôts blancs sur les feuilles.
  • Pour une petite surface, un couvercle de germination, un bac d'eau ou des arrosages le matin suffisent souvent.

Le CO₂ : faut-il enrichir ?

Les plantes utilisent le CO₂ de l'air pour la photosynthèse. L'air extérieur en contient environ 420 ppm. Pour une culture amateur, ce niveau suffit : il suffit de renouveler l'air régulièrement grâce à l'extraction pour que les plantes n'en manquent pas.

L'enrichissement (800 à 1 200 ppm) augmente la photosynthèse, mais seulement si la lumière est forte, la température un peu plus élevée et la pièce étanche. Avec une extraction en marche, le CO₂ injecté part dehors. C'est donc réservé aux installations fermées, climatisées, avec une régulation par capteur.

Attention : le CO₂ est dangereux à forte concentration (maux de tête, somnolence, puis risque d'asphyxie). N'enrichissez jamais une pièce de vie ou une chambre. Toute installation d'enrichissement exige un contrôleur, un détecteur de CO₂ avec alarme, une bouteille fixée et une aération avant d'entrer dans la pièce.

Instruments de mesure

  • Thermo-hygromètre avec mémoire min/max : l'outil de base, pour quelques euros. Il révèle les pics de chaleur de l'après-midi et l'humidité nocturne que vous ne voyez pas. Placez la sonde à l'ombre, à hauteur des feuilles.
  • Capteurs connectés (Wi-Fi ou Bluetooth) : ils enregistrent des courbes et envoient des alertes. Pratiques pour suivre plusieurs tentes ou partir quelques jours.
  • Contrôleur d'extraction : il module la vitesse de l'extracteur selon la température ou l'humidité.
  • Thermomètre infrarouge : mesure la température des feuilles, utile pour affiner le VPD.
  • Détecteur de CO₂ : indispensable seulement en cas d'enrichissement.

À retenir : relevez les valeurs min/max chaque jour pendant la première semaine d'une nouvelle installation. C'est là que se révèlent la plupart des problèmes.

Thermo-hygromètre suspendu à hauteur des feuilles dans une tente de culture, avec un petit ventilateur
Mesurez la température et l'humidité à hauteur des feuilles, pas au plafond de la pièce.

Problèmes climatiques et solutions

SymptômeCause climatique probableQue faire
Température > 30 °C lampe alluméeExtraction insuffisante, pièce chaudeAugmenter l'extraction, allumer la nuit, baisser la puissance
Humidité > 80 % la nuitChute de température à l'extinctionLaisser l'extraction tourner la nuit, brassage, déshumidificateur
Feutrage blanc sur les feuillesOïdium : air stagnant, écarts jour/nuitBrassage, espacer les plants, retirer les feuilles atteintes
Laitue qui monte en grainesChaleur, jours très longsRester sous 24 °C (idéalement 16–22 °C), choisir des variétés lentes à monter
Bords des jeunes feuilles de laitue brûlésTranspiration faible (air saturé) ou trop forteBrassage d'air sur la canopée, VPD modéré
Fleurs de tomate qui tombentTrop chaud (> 30 °C) ou trop secRefroidir, remonter l'humidité vers 50–65 %
Feuilles qui pendent en pleine journéeAir trop sec et chaud (VPD élevé)Baisser la température, humidifier
Condensation sur les paroisAir saturé, mauvais renouvellementOuvrir les entrées d'air, augmenter l'extraction
Croissance lente malgré une bonne lumièreTrop froid, ou air non renouveléVérifier la nuit au min/max, assurer une extraction continue

Pour les maladies et ravageurs eux-mêmes, voir Problèmes, carences et ravageurs. Le climat des semis est détaillé dans Semis, repiquage et bouturage.