Watts « équivalents » et puissance réelle
Sur les places de marché, trois chiffres différents portent le même nom de « watts » :
- Les watts « équivalents » : la lampe « remplacerait » une ancienne lampe à décharge ou à incandescence de 1 000 W. Aucune norme ne définit cette équivalence, et elle ne dit rien de la lumière reçue par vos plantes.
- La somme des diodes : un panneau de 60 diodes vendues comme « 3 W » est annoncé 180 W. Mais les diodes sont alimentées bien en dessous de leur maximum, pour limiter la chaleur et l'usure. Dans l'exemple détaillé par le site AlboPepper, cette lampe consomme 109 W. Le même auteur cite une lampe annoncée 24 W qui en consomme 13.
- La puissance réelle, consommée à la prise : la seule qui décrit la lampe et votre facture.
Un calcul simple montre l'écart : une lampe qui consommerait vraiment 1 000 W pendant 16 h par jour coûterait près de 100 € d'électricité par mois à 0,20 € le kWh (voir ce que consomme une lampe LED). Elle dégagerait aussi autant de chaleur qu'un radiateur électrique de 1 000 W, ce qui suppose de gros dissipateurs et des ventilateurs. Un petit panneau léger à 30 € ne peut pas le faire.
Lumens, lux et nombre de diodes : des chiffres sans intérêt
Les lumens et les lux mesurent la lumière perçue par l'œil humain, pas celle qui sert à la photosynthèse. Une lampe rose (rouge et bleu) affiche peu de lumens tout en éclairant correctement les plantes ; une lampe blanche peut afficher beaucoup de lumens et peu de photons utiles. Voir pourquoi oublier les lumens et les lux.
Le nombre de diodes n'est pas un argument non plus : 300 petites diodes peu alimentées peuvent produire moins de lumière que 100 diodes efficaces. Même chose pour les formules vagues comme « spectre solaire complet » sans graphique du spectre.
PPF absent ou trop beau pour être vrai
Une fiche sérieuse donne le PPF (µmol/s) et la puissance réelle (W). Leur rapport est l'efficacité :
Efficacité (µmol/J) = PPF (µmol/s) / puissance réelle (W)
Repères : moins de 2,0 µmol/J, c'est faible ; de 2,0 à 2,5, correct ; de 2,5 à 3,2, bon. Pour situer le plafond : une étude de 2020 (Kusuma, Pattison et Bugbee) relevait 2,5 à 2,8 µmol/J pour les meilleures lampes blanches et rouges testées de façon indépendante, et 3 µmol/J pour les lampes rouge-bleu. Depuis avril 2025, la liste de référence américaine des lampes professionnelles (DLC) exige au moins 2,5 µmol/J.
Exemple : une annonce indique « 100 W réels » et 380 µmol/s, soit 3,8 µmol/J. C'est au-dessus de ce que les lampes professionnelles atteignent : pour un produit grand public, le PPF est très probablement surestimé. À l'inverse, pas de PPF du tout rend toute comparaison impossible. Les autres signaux d'alerte sont listés dans Se méfier des chiffres marketing.
Photos et avis : prudence
Les visuels des annonces sont souvent des images de synthèse, ou des récoltes photographiées ailleurs, sans lien avec la lampe vendue. Une photo de plantes luxuriantes ne prouve rien sur la lumière produite.
Les avis aident, à condition de bien les lire. En France, diffuser de faux avis ou présenter des avis comme vérifiés sans l'avoir fait est une pratique commerciale trompeuse (Code de la consommation, article L121-4). Cela n'empêche pas leur existence. Quelques réflexes :
- privilégiez les avis rédigés après plusieurs semaines de culture, plutôt que ceux qui parlent seulement de la livraison ;
- vérifiez que les avis portent bien sur la même lampe : certaines fiches regroupent plusieurs modèles ;
- donnez plus de poids aux avis qui citent une mesure (wattmètre, PAR-mètre) qu'aux notes seules.
La méthode en 5 vérifications
- La puissance réelle est-elle indiquée, en watts consommés ? Si seuls des watts « équivalents » ou « maximum » apparaissent, passez votre chemin. À réception, une prise wattmètre confirme le chiffre.
- Le PPF ou l'efficacité sont-ils indiqués ? Calculez l'efficacité : entre 2,0 et 3,2 µmol/J, c'est plausible ; au-delà, méfiance.
- Le prix, le poids et le refroidissement sont-ils cohérents avec la puissance ? Une forte puissance réelle demande un dissipateur conséquent.
- La lumière suffit-elle pour votre surface ? Estimez le PPFD moyen (PPF × 0,8 / surface) et comparez-le au besoin de la culture : environ 250 µmol/m²/s pour des salades, 500 pour des tomates en fructification. Le calculateur fait ce calcul.
- Le vendeur est-il identifiable, avec une garantie et une notice ? Une carte PPFD mesurée à une hauteur précisée est un bon signe.
Pour comparer plusieurs lampes chiffres en main, suivez la méthode de comparaison, ou partez de notre sélection de lampes, qui indique les PPF annoncés par les fabricants. Une fois la lampe installée, une mesure même approximative permet de vérifier les promesses (voir mesurer la lumière avec son téléphone).
À retenir : ignorez les watts « équivalents », les lumens et le nombre de diodes. Exigez la puissance réelle et le PPF, calculez l'efficacité (2,0 à 3,2 µmol/J est plausible), puis vérifiez que la lumière suffit pour votre surface avec le calculateur.
Sources
- P. Kusuma, P. M. Pattison et B. Bugbee, « From physics to fixtures to food: current and potential LED efficacy », Horticulture Research, 7, 56 (2020).
- DesignLights Consortium, exigences techniques horticoles V4.0 (en vigueur depuis avril 2025).
- AlboPepper, « Entry level LED grow lights: disappointments due to false wattage claims ».
- Légifrance, Code de la consommation, pratiques commerciales trompeuses (articles L121-2 à L121-5).
Publié le 2 octobre 2026 dans « Lumière et LED ». Valeurs indicatives tirées de la littérature horticole (voir les sources).
